C'est un sujet que j’aborde plusieurs fois par semaine dans le cadre de mes missions. C’est régulier. Mais je ne m’y ferai jamais. La force des témoignages des gens que je rencontre me percute en plein cœur à chaque fois. C’est toujours la même histoire.

Le suicide, on ne souhaite pas en parler. Au travail, encore moins. Trop dérangeant, trop tabou, trop délicat. "Ça n’a pas sa place ici." Trop si, trop ça. Pourtant, dans beaucoup de mes interventions, jen fais un sujet. Que j’en parle pendant quatre heures ou quatre minutes, jen fais un sujet.

Parce que je sais que cela peut sauver des vies. Parce que je connais le nombre de personnes qui ont été touchées de près et qui n’osent pas en parler. À personne. Ni au travail, ni même en dehors. Parce que je sais aussi que cette porte que j’ouvre, même inconfortable, pourra être empruntée par ceux et celles qui en ont besoin. Et peut-être que si je ne l’ouvre pas, personne ne le fera à leur place.

Alors oui, ce n’est pas confortable, mais c’est essentiel.

Parce qu’en France, chaque année, près de 9 000 personnes mettent fin à leurs jours – soit environ 25 suicides par jour, ou un toutes les 58 minutes. C’est près de trois fois plus que le nombre de décès liés aux accidents de la route, qui suscitent pourtant bien plus d’attention et de prévention. Pourquoi ? Parce que le suicide dérange. Parce que le silence est plus facile.

Mais il y a urgence. Urgence à parler, urgence à comprendre, urgence à agir. Que ce soit au travail, dans nos familles, ou avec nos proches. Parce que ne rien dire, c’est laisser cette souffrance dans l’ombre, et dans l’ombre, personne ne peut être sauvé.

Créé par Noémie GUERRIN avec CANVA (2025, Tous droits réservés)

Une souffrance invisible : les signes souvent masqués

Comprendre la crise suicidaire : un point de bascule

Une crise suicidaire, ce n’est pas un acte de "faiblesse". Ce n’est pas une "solution facile" ni une preuve que la personne "ne s’est pas battue". Arrêtons avec ces phrases stigmatisantes qui ont façonné notre regard sur le suicide.

  • "C’était égoïste de sa part…"
  • "Avec tout ce qu’il avait, comment a-t-il pu en arriver là ?"
  • "Elle n’a pas pensé à ses proches."
  • "C’est lâche, on doit affronter ses problèmes. »

Ces phrases sont autant de jugements, de barrières qui empêchent de comprendre la réalité d’une crise suicidaire. Et cette réalité, c’est une douleur tellement insupportable que continuer à vivre n’est plus une option.

Ce n’est pas un choix, c’est une tentative de libération face à un poids devenu écrasant, face à un désespoir total.

Contrairement au suicide assisté – qui est une démarche réfléchie, encadrée par un contexte de maladie incurable – la crise suicidaire est un moment de bascule. Elle est souvent soudaine, violente, impulsive. Un instant où la douleur dépasse tout, où la personne se sent piégée, sans issue.

La crise suicidaire peut durer quelques heures, parfois quelques jours. Ce sont des moments critiques où tout peut basculer dans un sens ou dans lautre. Ce qui se passe durant ces instants compte. Chaque mot, chaque geste, chaque présence peut peser dans la balance.

Mais pour cela, il faut d’abord mettre de côté le jugement. La personne qui traverse une crise suicidaire n’a pas besoin qu’on la "raisonne". Pas besoin qu’on lui dise : "Tu as tout pour être heureux, regarde autour de toi." Ce genre de phrases ne fait qu’aggraver le sentiment de déconnexion, de solitude, et même de honte.

À ce moment précis, il faut écouter. Pas pour convaincre. Pas pour minimiser. Mais pour être là, rappeler que des solutions existent, même si elles semblent invisibles sur le moment.

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Les tabous qui empêchent d'agir

Le suicide reste un sujet tabou, et ces tabous nous paralysent. Ils nous empêchent d’en parler, de poser les bonnes questions, et surtout d’agir. On évite le sujet parce qu’on a peur de "mettre des idées en tête". Parce qu’on pense, à tort, que parler de suicide peut inciter au passage à lacte.

On stigmatise aussi les victimes. C’était un acte égoïste ? Non. Un suicide est souvent la conséquence d’une accumulation de souffrances invisibles. Pourtant, les tabous renforcent l’isolement des personnes en détresse. Ils les maintiennent dans l’ombre, là où personne ne pourra leur tendre la main.

Certains artistes osent aborder ce sujet si délicat, et leur travail agit comme un miroir pour des millions de personnes. Ils mettent des mots sur une douleur que beaucoup vivent dans le silence.

  • Dans "L’Enfer" de Stromae, l’artiste expose sans filtre la solitude et les pensées suicidaires : "Parfois je me dis que ce serait bien de disparaître." Une phrase brutale mais sincère, qui a résonné chez beaucoup. Stromae nous rappelle que même ceux qui semblent inatteignables, avec une vie enviée, peuvent souffrir profondément.
  • Avec "Jours Meilleurs", Orelsan évoque l’espoir face aux difficultés de la vie. Il parle de ce moment où tout semble s’effondrer, mais où une lumière finit par apparaître, même si elle est faible.
  • Grand Corps Malade et Louane ont également abordé la souffrance mentale et le poids du silence dans "Derrière le brouillard", une chanson qui parle de vulnérabilité et de reconstruction.
  • Le titre "Autre part" de Bigflo et Oli prend la forme d’un dialogue entre les deux frères. Dans la première partie, l’un exprime sa souffrance, sa perte de sens et les pensées sombres qui l’habitent. Dans la seconde, son frère lui tend la main, reconnaissant sa douleur et lui proposant de surmonter cette épreuve ensemble.

Ces chansons montrent que le suicide et la détresse psychologique ne sont pas des phénomènes isolés. Elles touchent tout le monde, peu importe l’âge, la célébrité ou la réussite. Ces artistes ouvrent des conversations que nous n’osons pas toujours avoir.

Le suicide n’est pas une faiblesse, ni une fatalité. Cest une réponse extrême à une douleur insoutenable. En parler, ce n’est pas prendre un risque, c’est tendre une main. En parler, c’est reconnaître que la souffrance existe et qu’elle mérite d’être entendue.

Mais faut-il encore avoir été éduqué et informé sur le sujet. Faut-il aussi s’être offert la possibilité de se demander : et si mon regard sur le suicide, mes mots, mes jugements méritaient d’être remis en question ? Est-ce que les phrases que je prononce parfois par maladresse – "Il aurait dû être plus fort", "Il n’allait pas si mal", "Pourquoi n’a-t-il pas simplement demandé de l’aide ?" – ne renforcent pas, malgré moi, cette incompréhension et ce silence qui isolent tant de personnes ?

Parce que c’est là que tout commence : dans notre capacité à revoir nos croyances, à entendre la souffrance sans chercher à la minimiser, et à choisir des mots qui ouvrent des portes au lieu de les fermer. Si nous voulons réellement faire une différence, il faut d’abord regarder en face nos propres réflexes et accepter de les interroger.

Stromae chante "L'enfer" dans une formidable séquence sur TF1

L'acte ultime : une réponse à une douleur insupportable

La complexité des causes : une mosaïque de souffrances accumulées

Le suicide n’a jamais une seule cause. C’est un acte plurifactoriel, la conséquence d’un enchevêtrement de souffrances personnelles, sociales et parfois systémiques. Contrairement à ce que l’on aimerait croire, c'est rarement une réaction "simple" ou "logique" à un événement isolé.

Certaines personnes vivent des blessures profondes depuis longtemps :

  • Isolement relationnel : le sentiment d’être seul, incompris, coupé de tout soutien affectif ou social. Et ce, même en étant très entouré.
  • Harcèlement : en milieu scolaire ou professionnel, la répétition de violences physiques ou psychologiques peut conduire à une perte totale d’estime de soi.
  • Échecs personnels ou professionnels : Des ruptures, des licenciements, des dettes, autant de situations qui font naître un sentiment d’impuissance ou d’inutilité.

Ajoutez à cela des vulnérabilités individuelles, comme un trouble dépressif sous-jacent, un traumatisme passé ou une pression sociétale constante, et vous obtenez une accumulation silencieuse de souffrances qui, peu à peu, rendent la vie insoutenable.

Le suicide n’est pas le résultat d’une seule cause, mais d’un "cheminement marqué par des étapes successives de souffrance et de repli sur soi."

Idées suicidaires, désir passif et actif de mourir : distinguer les étapes

Tout commence souvent par des idées suicidaires, qui ne traduisent pas forcément un désir immédiat de mourir. Il peut s’agir de pensées comme : "Et si je n’étais plus là, est-ce que les choses iraient mieux ?", ou : "Ce serait plus simple si je pouvais tout arrêter." Ces pensées marquent un premier signal d’alarme, mais elles ne signifient pas encore que la personne va passer à l’acte.

Ces idées peuvent évoluer vers :

  • Un désir passif de mourir : Une personne se désintéresse progressivement de la vie, perd ses projets et ne trouve plus de sens à son quotidien. Ce désir reste flou, sans plan précis.
  • Un désir actif de mourir : À ce stade, les pensées suicidaires deviennent plus concrètes, et la personne peut commencer à envisager sérieusement un passage à l’acte.

L’objectif est clair : intervenir avant que le désir actif de mourir ne prenne forme. Mais il ne s’agit pas seulement d’être attentif aux signaux faibles. L’enjeu, c’est aussi d’oser parler du sujet. Poser la question, même si elle paraît brutale ou inconfortable : "As-tu déjà pensé au suicide ?", "As-tu déjà envisagé un scénario ?" ou encore "As-tu envisagé un passage à l’acte ?"

Cela peut sembler effrayant, voire intrusif. Mais poser ces mots, sans jugement, c’est montrer à l’autre que sa douleur est prise au sérieux, que son silence peut être brisé, et qu’il y a une porte ouverte pour parler.

Et prendre ces propos au sérieux, c’est déjà accompagner. Cela permet d’évaluer l’intensité de la situation, de savoir si la personne est en crise ou encore au stade des idées.

Lorsque quelqu’un partage qu’il a déjà un scénario précis en tête, qu’il sait quand, où et comment il va procéder, le risque de passage à l’acte devient imminent : on entre dans un degré extrême. Dans ces moments, ce qui compte avant tout, c'est de ne pas laisser la personne repartir sans avoir reçu une aide adaptée.

Lui montrer qu’elle compte pour vous, que vous voyez et reconnaissez sa souffrance, est un premier pas essentiel. Vous pouvez lui rappeler qu'elle n'a pas à surmonter ça toute seule et que, si les rôles étaient inversés, elle voudrait probablement vous aider à aller mieux. Utilisez des mots qui ouvrent à un dialogue sincère et permettent d’instaurer une relation de confiance.

Les différentes étapes de la crise suicidaire (infosuicide.org)

Parler sauve des vies

C’est une chose d’être attentif, mais c’en est une autre d’être présent. Quand quelqu’un dit qu’il ne voit plus de sens à continuer, on ne peut pas lui répondre : "Mais si, regarde tout ce que tu as !" ou "Ça va passer." Non. Ça, cest se détourner de sa souffrance. Ce que la personne a besoin d’entendre, c’est : "Je suis là pour toi. Tu n’es pas seul.e. Et il y a des solutions, même si tu ne les vois pas encore."

Mais quelles solutions ? On parle ici de professionnels formés : psychologues, psychiatres, accompagnateurs en santé mentale. Du 3114, cette ligne nationale accessible 24h/24, 7j/7, où des experts savent comment intervenir face à une crise suicidaire. Et c’est aussi là que l’entourage peut jouer un rôle : accompagner, appeler avec la personne, l’aider à franchir le pas. Parce qu’il ne suffit pas de dire "Va voir quelqu’un". Il faut parfois marcher avec elle jusqu’à la porte. Le mot clé ici, c'est ensemble.

Quand on parle de suicide, chaque mot compte. Un mot peut apaiser, comme il peut blesser. Il peut ouvrir une porte ou la refermer. Mais on ne nous apprend pas à parler de ça. Alors parfois, on dit les mauvais mots, même avec les meilleures intentions.

Des phrases comme "Tu ne ferais pas ça, quand même ?", "Pense à ta famille", ou "Ça ira mieux demain", nous les connaissons. Nous les prononçons pour rassurer, mais souvent, elles ne rassurent pas. Elles culpabilisent, elles minimisent. Et surtout, elles laissent la personne encore plus seule face à sa douleur, avec ce sentiment que personne ne peut comprendre. Et là, on rate l’occasion d’aider.

Une responsabilité partagée, pas un fardeau individuel

Mais soyons honnêtes : ce nest pas toujours simple. Quand on fait partie de l’entourage, détecter ces signaux demande une attention particulière et, souvent, une compréhension qu’on ne nous a pas enseignée. Aider une personne en détresse demande du courage, une écoute active, et parfois, on se sent dépassé.

C’est pourquoi, je trouve ici nécessaire de rappeler que la responsabilité de prévenir le suicide ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des proches. Ce serait un fardeau injuste et souvent insoutenable. La prévention est un effort collectif, qui doit inclure :

  • Les professionnels formés (psychiatres, psychologues, assistantes sociales) capables de prendre le relais.
  • Des collègues sensibilisés, qui savent reconnaître les signaux dans un cadre professionnel.
  • Une société informée, où parler de santé mentale et de suicide ne suscite plus la peur ou le malaise.

Faire équipe avec l'autre pour agir

Intervenir, c’est souvent avancer à tâtons. Ce n’est pas une science exacte, mais un chemin que l’on parcourt avec la personne. Ce chemin peut inclure :

  • Lui proposer de parler à un professionnel.
  • Lui rappeler que ses pensées, aussi sombres soient-elles, ne signifient pas qu’il est seul ou irrécupérable.
  • Lui montrer que l’on est là, sans lui demander de justifier ses émotions ou ses idées.

Parler de suicide, c’est parfois créer un moment de bascule positif. Un moment où la personne en souffrance, au lieu de s’enfermer dans son scénario, peut enfin l’exprimer et ouvrir une porte vers l’aide. Mais pour cela, il faut que chacun ose poser les questions difficiles, tout en ayant conscience de ses limites.

Parce que, même si ce n’est pas simple, cela peut tout changer.

Le rôle de l'entourage : sensibilisation, vigilance et soutien

Une idée reçue à débunker : "Il n'y a pas de signaux avant un suicide"

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? "Quelquun qui veut vraiment se suicider nen parle jamais." Ou encore : "Sil y avait eu des signes, on les aurait vus." Ce sont des idées reçues, profondément ancrées, mais terriblement fausses.

La réalité, c’est que les signaux sont souvent là, même s’ils passent inaperçus ou qu’on choisit de les minimiser. Les statistiques le prouvent :

  • 65% des personnes ayant des pensées suicidaires en parlent à quelqu’un. Ce chiffre, en nette augmentation depuis 2017, montre que la majorité d’entre elles essaient de se confier, d’envoyer des signaux. Mais encore faut-il qu’il y ait quelqu’un pour les entendre. (Source)
  • 60,9% des personnes décédées par suicide ont eu un contact avec le système de soins dans le mois précédent leur acte. Dans l’année qui précède, ce chiffre grimpe à 94,2%. Ces personnes ne sont pas invisibles ; elles sont là, autour de nous, cherchant un soutien qu’elles ne trouvent pas toujours. (Source)

Dire que les personnes en détresse suicidaire "ne montrent rien" ou "ne disent rien" est un mythe dangereux. Parfois, elles parlent. Parfois, elles agissent subtilement. Un retrait social, des phrases comme "Ce serait plus simple si je n’étais pas là", des cadeaux soudains, ou un intérêt inhabituel pour leurs affaires personnelles peuvent être des signaux d’alerte.

Mais voilà le problème : on n’a pas appris à les voir, ni à les entendre. Et souvent, par peur ou inconfort, on préfère détourner le regard, se persuader que tout ira bien. C’est là que le danger réside.

Suicide et cadre professionnel : une réalité méconnue

Les histoires qu'on ne veut pas raconter

Les suicides liés au travail, comme ceux tristement célèbres de France Télécom, nous rappellent brutalement que le travail peut être une source de souffrance mortelle. Mais pour chaque drame rendu public, combien restent dans l’ombre ? Combien de vies brisées, réduites à des "souffrances personnelles", comme si le travail ny était pour rien ?

Ce silence n’est pas anodin. Il est organisé, parfois (in)consciemment, pour protéger limage de lentreprise. Dire qu’un suicide est lié au travail, c’est pointer du doigt des défaillances organisationnelles : des objectifs inatteignables, une pression insoutenable, une absence totale de reconnaissance, ou encore des systèmes de harcèlement qui prospèrent dans l’indifférence.

On préfère parler de fragilité individuelle. Une excuse facile, qui déresponsabilise l’environnement professionnel. Mais derrière ces drames, il y a des histoires humaines : des salariés qui craquent sous une pression constante, des précaires qui ne voient plus d’issue, des équipes broyées par des restructurations. Ce sont des récits qu’on préfère ignorer, car ils nous obligent à affronter une vérité brutale : le travail, censé donner sens et stabilité, peut aussi tuer.

L'effet Werther : quand rendre public n'aide pas toujours

Lorsqu’un suicide lié au travail devient médiatique, il y a un risque. C’est ce qu’on appelle leffet Werther, du nom du personnage de Goethe dont la mort romantisée a déclenché une vague de suicides à son époque. Aujourd’hui encore, la médiatisation excessive dun suicide, surtout lorsquil est lié à des conditions précises comme le travail, peut induire un effet didentification.

Un salarié en détresse, voyant ces récits, peut se dire : "Je ne suis pas seul dans ma souffrance, eux aussi ont craqué. Peut-être que c’est la seule issue." Cet effet, bien documenté, montre pourquoi il est essentiel de traiter ces sujets avec prudence et responsabilité. Parler d’un suicide sans en comprendre la complexité ni offrir des solutions ou des pistes d’espoir peut renforcer la détresse chez ceux qui s’y identifient.

Favoriser l'effet Papageno : des récits qui sauvent

Mais il existe un autre effet, bien plus puissant et positif : leffet Papageno. Là où l’effet Werther peut amplifier les pensées suicidaires, l’effet Papageno agit dans l’autre sens. Il s’agit de montrer des exemples de personnes ayant vécu des situations similaires – des salariés pressurisés, harcelés, proches du burn-out – et qui ont trouvé des solutions pour s’en sortir.

Ces récits de résilience ne minimisent pas la souffrance, mais offrent une issue, une possibilité. Ils montrent que la détresse n’est pas une impasse et qu’il existe des aides, des chemins pour aller mieux.

En entreprise, cela pourrait passer par :

  • Donner la parole aux salariés qui ont été accompagnés et ont surmonté une crise.
  • Former les équipes à reconnaître les signes avant-coureurs et à intervenir.
  • Mettre en place des ressources visibles et accessibles, comme le 3114, des psychologues du travail ou des cellules d’écoute.

Le travail peut tuer, mais il peut aussi guérir si on en fait un lieu de prévention, d’écoute et d’entraide. Rendre public un suicide professionnel, ce n’est pas seulement raconter une tragédie. C’est aussi une opportunité d’apprendre, de changer les pratiques, d’alerter et de prévenir. Parler d’un suicide sans y mettre de solutions, c’est dangereux. Mais en parler pour mettre en lumière des erreurs et construire un cadre où ces drames deviennent évitables, c’est un pas essentiel.

C’est ça, le rôle d’une entreprise humaine : ne pas détourner les yeux, mais agir.

Briser le silence : responsabilité et action en entreprise

Entre réalité, posture et responsabilité collective

Je rencontre souvent des entreprises qui, face à la question du suicide, ont pris conscience de limportance den parler. Et bien souvent, ce n’est pas parce qu’elles ont été sensibilisées par des campagnes ou des formations, mais parce que quelque chose les a bousculées profondément.

Il y a quelques jours encore, lors d’une intervention en comité de direction, on m’a parlé du suicide d’un membre de l’équipe, survenu quelques mois plus tôt. Un événement tragique, brutal, qui laisse les collègues avec des questions sans réponse. Dans ce cas précis, il n’y avait pas de lien direct avec le travail, mais cela n’a rien changé au sentiment collectif de culpabilité ou de déroute : "Aurions-nous pu faire quelque chose ? Avons-nous raté des signaux ?"

Ce genre de questionnement, je l’entends souvent. Parce que le suicide, même lorsqu’il ne trouve pas sa cause dans le cadre professionnel, impacte ceux qui restent. Collègues, managers, équipes RH, tous se retrouvent à gérer un mélange de culpabilité, d’impuissance et de peur. Et cette réalité est tout aussi importante que la question des facteurs professionnels pouvant déclencher une crise suicidaire.

Un sujet omniprésent, mais trop peu abordé

Ce que mon expérience me fait dire, c’est qu’il est indispensable daborder le sujet. Lors de chaque session ou intervention, lorsque la thématique du suicide est abordée, il y a toujours quelquun, dans la salle, qui a été touché de près ou de loin. C’est une constante. Et quand on regarde les statistiques, on comprend vite pourquoi :

  • Près de 9 000 suicides par an en France, soit 25 par jour.
  • Des millions de personnes qui, directement ou indirectement, se retrouvent concernées.

Et pourtant, on nen parle pas. Pas de campagnes de prévention visibles. Pas d’éducation massive. La société ne fait pas son travail sur le sujet, et ce silence est un échec.

Alors, quand la société n’agit pas, les entreprises ne peuvent pas rester passives. Il faut un élan, un courage collectif pour comprendre comment ça fonctionne et agir. Les entreprises doivent être à l’image de certains exemples où elles communiquent et s’investissent sur des sujets qui ne relèvent pas directement de leur mission première. Pourquoi ne pas faire de la prévention du suicide une priorité, comme on le fait pour la sécurité routière ou les enjeux climatiques ?

La posture à adopter au travail : un équilibre délicat

Et là, une question cruciale se pose : quelle posture adopter en tant que manager, RH ou collègue ? Est-ce vraiment le rôle d’un manager de poser des questions sur les idées suicidaires d’un collaborateur ? Est-ce à celui qui incarne l’autorité et le garant des résultats de plonger dans cette zone de vulnérabilité ?

Non, et ce n’est pas ce que je préconise. Je ne dis pas que chaque personne doit être en capacité de dérouler elle-même une démarche de soutien ou d’intervention. Mais il est impératif de comprendre comment ça fonctionne. Il faut que chacun, dans son rôle, sache reconnaître les signaux, comprenne les mécanismes de la souffrance psychique, et sache à qui passer le relais.

Créer un réseau interne performant

Un vrai changement passe par un système organisé et coordonné au sein de lentreprise. Cela signifie :

  • Former les managers à détecter les signaux faibles et à orienter vers les bons interlocuteurs.
  • Renforcer les liens entre la médecine du travail, les ressources humaines, les comités de direction, les préventeurs, les responsables RSE.
  • Mettre en place des procédures claires pour savoir quoi faire lorsqu’un salarié est en souffrance.

L’objectif ? Comprendre si le travail a une part de responsabilité dans le mal-être, faire des ajustements si nécessaire, mais surtout, soutenir la personne. Cela peut passer par un accompagnement psychologique, une réorganisation du poste, une écoute bienveillante. Il ne s’agit pas de tout résoudre en interne, mais de créer un cadre où la souffrance n’est pas ignorée.

Quelques mots pour conclure...

Parler de suicide en entreprise, ce n’est jamais facile. Mais ce n’est pas optionnel. Cest une question de responsabilité collective, dhumanité. Être confronté à un suicide, que ce soit directement lié au travail ou non, bouleverse tout le monde. Alors autant anticiper, comprendre et mettre en place des actions concrètes.

Parce que si nous ne faisons rien, nous laissons les drames se répéter dans le silence. Mais si nous agissons, si nous osons en parler et mettre en place des solutions, nous avons une chance de sauver des vies. Et cela, ça vaut tout.

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